Culte de Mithra et FM : mimétisme ésotérique ?

Issu du Zoroastrisme, le Mithraïsme s’inspira de la mythologie persane. Son culte, imité ensuite par le christianisme, se déroulait sous terre. Il visait à offrir à ses adeptes un bienêtre dans la vie, une élévation de l’âme. L’initié gravissait une échelle cosmique de sept portes avec sept planètes et sept grades. Ce culte aurait inspiré la Franc-maçonnerie.

F∴ J.-P. N., Loge Evolutia à l’Or∴ de Clarens/Montreux

Dans l’Avesta1, le livre religieux des anciens Perses, Mithra est associé à Varuna2 et à Ahura- Mazda3, la divinité suprême. Il est également lié à la lumière et au Soleil qui est son « oeil », ainsi qu’au taureau dont le sacrifice désigne le principe fécondateur de la terre.

Divinité indo-aryenne, Mithra apparut dès 1’400 avant J.-C. dans les textes mitanniens4 que l’on retrouve dans le Veda5, où il occupe une place importante; cependant, celle-ci devint obsolète avec l’évolution de la religion indienne vers le brahmanisme, puis lors de la réforme de ce culte notamment par les Gathas (hymnes) de Zarathoustra6. Le Mithraïsme se transforma alors en une religion monothéiste, teintée de mythologie grecque et d’astrologie chaldéenne, antérieure au culte égyptien d’Aton (1355-1337 avant J.-C.) et au christianisme. Répandue en Europe, en particulier en Italie, cette religion fut ensuite supplantée par le christianisme dès l’interdiction par Théodose Ier, en 391-392 ap. J.-C., de tous les cultes païens, dont celui de Mithra, pourtant resté vivant chez certaines minorités d’Asie.

La personnalité de Mithra se dégagea du panthéon indo-aryen primitif pour devenir un dieu indépendant. Dans la mythologie des mages, Mithra naquit d’un rocher, d’où son surnom de « dieu sorti de la pierre ». Les bergers vinrent admirer l’enfant divin orné d’un bonnet phrygien, armé d’un couteau et pourvu d’une torche pour éloigner les ténèbres. Pendant encore près de deux siècles, le mithraïsme continua de s’affirmer, soutenu par les empereurs Aurélien et Julien l’Apostat qui identifia Mithra au Soleil et à Apollon, puis chercha à en faire le dieu de l’Empire.

Certains dogmes du Mithraïsme furent repris par le christianisme. Ainsi, les premiers chrétiens utilisèrent la date de naissance de Mithra fixée au 25 décembre, afin d’affaiblir son culte. La symbolique du sang éternel du Taureau sacrifié, qui donna une deuxième naissance à l’initié mithraïque, fut détournée par les chrétiens et présentée comme le sang du Christ, signe d’une nouvelle vie.

Gravir une échelle cosmique

Le culte de Mithra offrait à ses adeptes un bien-être dans la vie, une élévation de l’âme et vraisemblablement des garanties spécifiques pour une vie future. Par son assiduité à Mithra, l’initié pouvait atteindre le grade de Magister et compenser intellectuellement les manques dans sa carrière profane. Dans le Mithraïsme, il s’agit de gravir une échelle cosmique de sept portes avec sept planètes et sept grades (voir encadré). Le Mithraïsme est une cosmosophie, puisque la doctrine conçoit le cosmos comme créé et régénéré par l’acte salvateur de Mithra, la Tauroctonie, et qu’il existe une possibilité de salut (ascension dans l’Aeternitas). La pensée mithraïque n’est par conséquent ni anti-cosmique, ni anti-somatique7.

A chaque passage des sept degrés, des secrets étaient révélés à l’initié qui subissait épreuves et voyages. Le culte de Mithra se terminait par des agapes frugales et fraternelles. Une fois Maître, l’adepte de Mithra pouvait ouvrir lui-même un nouveau Temple. Comme la majorité d’entre eux étaient des soldats, chaque garnison disposait d’un groupe vénérant Mithra. Si le groupe restait en garnison longtemps à un endroit, alors des civils pouvaient être acceptés dans les rangs de la « confrérie ». Lorsque le Magister officiait, à sa droite et à sa gauche se tenaient les « dadophores » deux jeunes hommes, dont l’un portait un flambeau levé et l’autre une torche abaissée vers le sol. Ils représentaient les génies du Matin et du Soir, soit Midi et Minuit, le Printemps et l’Hiver, la Vie et la Mort.

Dans une crypte ou une grotte

Le culte de Mithra se déroulait sous terre, dans une crypte ou une grotte, appelée « Spelaeum » et invisible à l’extérieur. Une première pièce, l’antichambre, servait aux adeptes à revêtir leur habits. La grotte symbolisait le cosmos et son plafond était décorée des étoile de la voûte céleste. De chaque côté de la pièce, un carré long, étaient disposés les bancs où prenaient place les initiés pour la réunion et ensuite l’agape prise couchés à la mode romaine. L’autel se trouvait à l’intérieur et non devant le temple, où se déroulaient les sacrifices.

Au fond du temple, où présidait le Magister, se trouvaient l’image ou la sculpture de la Tauroctonie, ainsi que la pierre de naissance. La liturgie consistait en sacrifices d’animaux, la consécration de pain, de viande, d’eau et de vin. Le repas sacrificiel couronnait la cérémonie. Des séances d’instruction étaient planifiées ponctuellement et donnaient lieu à l’explication du mythe mithraïque : catéchèse et cène. Le sacrifice avait lieu le dimanche, jour du soleil. Les équinoxes et solstices étaient également des fêtes importantes.

Trop longtemps l’histoire et/ou les historiens ont minimisé l’importance du culte de Mithra et son apport dans la société occidentale. Certaines thèses avanceraient même qu’il inspira bien plus la Franc-maçonnerie que le christianisme. Les mythes fondateurs sont ce qu’ils sont. Ce culte reste néanmoins intéressant tant dans sa spiritualité que par sa concurrence historique avec le christianisme et son occurrence avec notre Ordre. Il est certain qu’il inspira de nombreux courants de pensées de sa naissance à nos jours.

 

Bibliographie

Mithra Invictus, revue Antaios N°14, 1999 (Revue d’études polythéistes fondée en 1959 par Mircea Eliade & Ernst Jünger), Editions Klett, Stuttgart, 1959-1971, puis Bruxelles, 1992-2001
Franz Cumont, Les mystères de Mithra, Revue des Études Anciennes, Tome 15, n°2, Bruxelles, 1913
Jean Danielou et Henri Marrou, Nouvelle histoire de l’Église, Tome I, Editions du Seuil, Paris, 1963
Paul Poupard, Dictionnaire des religions, PUF-Presse Universitaire de France, Paris, 1984
Mircea Eliade, Traité d’histoire des religions, Petite Bibliothèque Payot, Paris, 1964

1. Textes sacrés de la religion mazdéenne qui forment le Livre sacré, le code sacerdotal des zoroastriens.
2. L’une des divinités les plus importantes du panthéon du védisme en tant que dieu du ciel et dieu de l’océan dans l’hindouisme.
3. Seigneur de la Sagesse, divinité centrale de la religion mazdéenne.
4. Royaume du peuple Hourrites, au nordest de la Syrie.
5. Ensemble de textes qui, selon la tradition, ont été révélés (par l’audition, Shruti) aux sages indiens nommés Rishi.
6. Réformateur du mazdéisme (entre les XVe et XIe siècles av. J.-C) qui défendit une religion monothéiste empreinte de dualisme.
7. Désigne ce qui est relatif au corps, par opposition à l’adjectif psychique, en rapport avec l’esprit.
8. Instrument de musique de la famille des percussions.